vendredi 13 novembre 2009

Le mystère de la Croix brisée chapitre 1

Il n’y a pas beaucoup de gens sur terre qui connaissent la petite banlieue nommée : « la croix brisée ». Mais comme chacun le sait, les choses les plus fantastiques se passent souvent dans les coins les plus décriés ou oubliés de la terre.
A première vue, cette petite ville située à quelques kilomètres à peine de la belle Lisbonne, n’avait rien de particulier à révéler. A part une caractéristique qui en faisait un lieu très vivant : Elle était peuplée par une multitude d’enfants, presque tous nés la même année; puisque la ville avait été construite spécialement pour y loger de jeunes parents en quête de foyer.
La guerre d’outremer venait juste de se terminer. Les familles avaient vécu dans l’attente pendant des années, la peur au ventre, guettant jour après jour le retour d’un père ou d’un fils parti au combat en Afrique.
Délivrée depuis peu, la population semblait vouloir célébrer chaque parcelle de liberté et de réjouissances que la vie pouvait leur offrir. De son côté, le nouveau gouvernement avait fait construire des logements pour accueillir toutes les nouvelles familles qui ne manqueraient pas de se constituer avec le retour des hommes au pays.
D’innombrables couples s’étaient donc installés à peu près à la même époque dans cette petite ville spécialement conçue pour eux. Et offert au pays une ribambelle d’enfants qui symbolisaient une promesse de paix et de bonheur. Ils seraient le futur de la nation.
Ce qui en résultait des années plus tard, c'est qu'on pouvait entendre partout dans la petite ville, des cris d’enfants, des pleurs, ou tout simplement des rires, ricochant sur les parois des immeubles austères.
Pourtant la ville s'était dérobée au projet qu'avaient eu au départ les architectes, se dessinant plutôt au gré des habitants : un peu partout, ceux qui en avaient été exclus, étaient venus se greffer en y construisant des abris de fortune.
Au centre, on trouvait les ménages appartenant aux classes moyennes. Plus haut, au milieu d'une colline ayant une vue dégagée sur la mer, s'érigeaient fièrement de belles maisons blanches, appartenant aux couples les plus aisés.
Mais lorsque la pente devenait trop escarpée, on s'enfonçait alors dans les bidonvilles les plus féroces de la ville.
Le dénominateur commun de tous ces habitants, était leurs enfants.
Je pense que vous comprendrez si je vous dis que les enfants de l’histoire, ne voyaient pas la différence essentielle, bien que dérisoire en réalité, qui séparait leurs parents : l’argent.
Les enfants étaient juste des enfants.
Le soir après l’école, ils se réunissaient tous sur le grand terrain de jeu. Et avec une organisation qu’envieraient beaucoup d’adultes de nos jours, les enfants se partageaient les rôles et l’espace; grands et petits trouvaient leur place et de fabuleuses parties se déroulaient dans le plus grand sérieux, des heures durant.
Le terrain de jeu était entouré de cinq immeubles qui a eux seuls abritaient un quart des enfants du quartier. Dans la continuité, sans aucun souci d'ordre esthétique, se greffaient d'anciennes petites maisons, abandonnées et disait-on, hantées, comme il se doit dans ce genre de petite ville. Elles avaient étaient occupées par des familles démunies qui avaient plus peur du froid que des revenants.
Dans l’un des immeubles en face du terrain de jeu, habitait José : C’était une sorte de leader du quartier. Ce qui lui conférait son pouvoir, c’était la disposition de son appartement. Il avait une vue stratégique, qui allait du terrain de jeu, jusqu’aux quartiers les plus aisés en face de la mer. Il pouvait même, en se penchant dangereusement sur son balcon, apercevoir l’un des bidonvilles du bas quartier.
Aussi, il pouvait communiquer par la fenêtre avec la plus grande partie de sa communauté, en un rien de temps. C'était lui qui les prévenait lorsque débutait une partie de gendarme-voleurs ou plutôt sa version locale : « main en l’air –dix pas ».
L'autre raison de sa popularité était son amitié avec Jorge. Jorge était un demi-dieu pour tous les enfants de la ville. José était son porte-parole... Il faisait partie des enfants du quartier « d’en-haut », c'est-à-dire les plus riches. Mais bizarrement, il s’entendait à merveille avec les Manouches installés plus loin, dans la forêt qui bordait la petite banlieue. Et il se promenait comme un lord, à l’intérieur des bidonvilles alors que tous ceux de sa bande qui s'y étaient risqués, en étaient ressortis en slip et en chaussettes, et leur fierté salement amochée.
L'une des choses les plus importantes dans cette ville était la réputation. Comme du temps des cow-boys. Et la réputation ne s’expliquait pas. C’était une attitude, une allure, qui payait ou pas. Jorge, lui, avait la cote. C’était comme ça.
Jorge n’était pas respecté parce qu’il était riche. Au contraire. Cela aurait dû jouer contre lui. Mais il y avait quelque chose chez lui qui forçait le respect.
On pourrait dire, de nos jours, qu’il était « habité ».
José, lui, admirait son ami et profitait de son rayonnement sans prétendre le surpasser. Cette situation lui convenait.
Plusieurs bandes constituaient la totalité du groupe d'enfants. Ce rapprochement était lié soit à l'âge, soit à l'appartenance sociale, comme par exemple "la bande du bidonville", soit à des affinités d'ordre plus subtil.
La bande de José, était constituée de trois autres membres:
Il y avait « Bo », sûrement parce qu’il ne l’était pas…beau. Mais il avait un cœur qui faisait oublier aux garçons et aux filles ce manque d’attribut superficiel.
Pour finir, il y avait "l’éponge" et le "général," grands copains et voisins de palier. "L’éponge" était aussi dynamique que son copain affectueux. Le premier avait grandi trop vite, et ne semblait pas avoir prévu de trainer avec lui toute cette masse corporelle qu’on lui avait infligée. Le deuxième était le seul garçon d’une famille constituée de femmes (mère, grand-mère tante et une sœur) et avait trouvé refuge dans une virilité exacerbée qu’illustrait son surnom. C'était l'homme de main de la bande.

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